Piétons et voitures électriques : le silence est-il dangereux ?
Piétons et voitures électriques se croisent chaque jour aux abords des passages cloutés comme sur les parkings. Le silence de la motorisation électrique nourrit des inquiétudes. Ce silence expose-t-il réellement les piétons à un risque supplémentaire ?
Une voiture électrique est-elle silencieuse pour un piéton ?
Un moteur électrique fonctionne sans combustion ni échappement. Il produit donc très peu de bruit lorsque la voiture est à l’arrêt ou qu’elle commence à avancer. Mais cette discrétion dépend de la vitesse.
Le Cerema explique que, pour les véhicules légers, le bruit de propulsion est surtout important en dessous de 30 à 40 km/h. Ce bruit correspond à celui produit par le moteur et les éléments qui permettent au véhicule d’avancer
Au-delà de 30 à 40 km/h, la principale source de bruit change. Elle vient surtout du contact entre le pneumatique et la chaussée. Ainsi, à 50 km/h en ville, une voiture électrique s’entend presque comme une voiture thermique. À cette vitesse, le bruit des pneus est plus important que celui du moteur.
Le silence des voitures électriques pose donc surtout question à basse vitesse, par exemple pendant les manœuvres de stationnement ou lorsqu’un véhicule s’approche d’un passage piéton.
Que prévoit la réglementation sur le bruit des voitures électriques ?
Le législateur européen s’est intéressé au problème du silence des véhicules électriques avant même qu’ils deviennent nombreux sur les routes. Le règlement (UE) n° 540/2014 impose ainsi un AVAS, pour acoustic vehicle alerting system. Il s’agit d’un générateur de son installé dans le véhicule pour avertir les piétons et les autres usagers de son arrivée.
L’AVAS est obligatoire sur tous les nouveaux types de véhicules depuis le 1er juillet 2019, puis sur tous les véhicules neufs depuis le 1er juillet 2021.
Ce système fonctionne lorsque le véhicule roule jusqu’à 20 km/h, ainsi qu’en marche arrière. À 20 km/h, il doit produire un niveau sonore minimal de 56 dB(A). Au-delà de 20 km/h, l’AVAS n’est plus considéré comme nécessaire. Le bruit produit par les pneumatiques sur la chaussée et par le déplacement de l’air devient suffisamment important pour signaler la présence du véhicule.
Les piétons sont-ils plus souvent blessés par une voiture électrique ?
Difficile à dire. Les données britanniques permettent de comparer les deux motorisations, car les voitures électriques y sont présentes depuis plus longtemps qu’en France et les accidents sont documentés selon le type de véhicule. Une étude publiée dans Nature Communications en décembre 2025 a analysé 167 092 piétons blessés lors de collisions avec une voiture ou un taxi en Grande-Bretagne.
Entre 2019 et 2023, les véhicules électriques ont été impliqués dans 57,82 blessures de piétons par milliard de kilomètres parcourus. Pour les véhicules thermiques, ce chiffre est de 58,88. Les deux résultats sont donc très proches.
Les chercheurs obtiennent un rapport de risque de 0,99 entre les deux motorisations. Un rapport proche de 1 signifie que le niveau de risque est pratiquement identique. Il n’atteint pas le seuil de significativité statistique. Autrement dit, les données ne permettent pas d’affirmer que les piétons sont plus souvent blessés par une voiture électrique que par une voiture thermique.
L’étude observe aussi une forte baisse du taux de piétons blessés impliquant des véhicules électriques après juillet 2019, date de l’entrée en vigueur de l’AVAS. Ce taux est passé de 137,2 à 57,8 blessés par milliard de kilomètres parcourus.. Cette évolution coïncide avec l’arrivée de l’AVAS, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à prouver que ce dispositif est la cause de cette baisse.
Quels réflexes adopter au volant d'une voiture électrique ?
La sécurité des piétons dépend avant tout du comportement du conducteur. Le code de la route est très clair sur ce point. L’article R415-11 oblige tout conducteur à céder le passage à un piéton qui traverse régulièrement la chaussée ou qui montre clairement son intention de traverser. Si nécessaire, le conducteur doit s’arrêter. Depuis le décret n° 2018-795 du 17 septembre 2018, le refus de priorité constitue une contravention de quatrième classe et entraîne la perte de six points sur le permis de conduire.
Quatre habitudes permettent de réduire le risque au quotidien :
- Lever le pied à l’approche des passages protégés, même si aucun piéton n’est encore engagé sur la chaussée. Un piéton qui manifeste clairement son intention de traverser est déjà prioritaire.
- Redoubler d’attention sur les parkings. Les piétons peuvent circuler entre les véhicules stationnés et devenir visibles seulement lorsqu’ils se trouvent à quelques mètres de la voiture.
- Contrôler les angles morts avant chaque marche arrière. L’avertisseur sonore permet de signaler la présence du véhicule, mais il ne remplace ni le contrôle visuel, notamment en regardant par-dessus son épaule, ni la caméra de recul.
- Adapter son allure près des commerces et dans les zones résidentielles. Cette vigilance est particulièrement importante pour protéger les personnes âgées et les enfants.
Bon à savoir : les bornes Charge E-Lec sont installées sur les parkings des centres E.Leclerc, des espaces où les piétons circulent en nombre entre les véhicules et le magasin. A l'approche des places de recharge, pensez à adapter votre allure.