Ecologie

Autonomie des camions électriques : situations actuelles et perspectives

Publié le 23/12/2025
5 min
des camions électriques

“L’année 2025 pourrait être la première à atteindre les 1 000 immatriculations de camions électriques.” selon le magazine spécialisé Décision Poids-Lourd. Aujourd’hui, dans le secteur du transport, de plus en plus de transporteurs adoptent des camions électriques, afin de répondre au mieux aux nouveaux défis environnementaux. Les véhicules électriques présentent de nombreux avantages, notamment en termes de réduction des émissions, de coûts d'exploitations, d’efficacité énergétique, etc. Mais une question se pose toutefois quant à leur autonomie, qui est limitée par rapport à celle des véhicules traditionnels à combustion interne. Voici ce qu’il faut savoir sur les poids lourds électriques. 

Pourquoi l'autonomie est un enjeu majeur pour les camions électriques

Ce que l’autonomie d’un véhicule désigne, c’est sa capacité à parcourir une distance avant de nécessiter un réapprovisionnement en carburant (pour les véhicules classiques) ou en électricité (pour les véhicules électriques). Pour les camions électriques, dont la mission principale est d’assurer des déplacements logistiques, l’autonomie est l’un des premiers critères à évaluer. 

Contraintes liées au poids, à la charge utile et à la batterie

L’autonomie des camions électriques est relative à plusieurs facteurs :

Impact de l'autonomie sur la logistique

L’autonomie conditionne l’organisation des tournées et la planification logistique. Dans le transport électrique, une autonomie suffisante peut optimiser le travail général des exploitants ainsi que celui du conducteur. 

Par exemple, l’exploitant qui organise la livraison peut annoncer sereinement à son client la date et l’heure d'arrivée précise du coursier. Pendant ce temps, le conducteur qui connaît la distance qu’il va parcourir en autonomie (sans penser à la recharge) part plus tranquille et va sans doute être plus performant. 

Importance pour les flottes urbaines VS longue distance

Pour éviter toute inquiétude liée à la recharge ou aux contraintes d’exploitation, il faut donc choisir un camion électrique dont l’autonomie correspond aux besoins logistiques de votre entreprise. Autrement dit, le modèle choisi doit être adapté au type de livraisons que vous effectuez au quotidien. Dans ce contexte, deux grands profils de flottes sont à distinguer :

  • Les flottes urbaines, dédiées aux livraisons locales et au dernier kilomètre, où les trajets sont courts et les arrêts fréquents.

  • Les flottes longue distance, destinées aux transports interrégionaux ou nationaux, pour lesquels une autonomie étendue et un réseau de recharge rapide sont indispensables.

Autonomie réelle : chiffres et modèles 2025

Après avoir compris les enjeux et les contraintes liés à l’autonomie, intéressons-nous maintenant aux modèles de camions électriques disponibles en 2025 et aux performances réelles qu’ils offrent sur le terrain. 

Mercedes eActros : 200 km à pleine charge

Conçu par le concessionnaire allemand, l’eActros est un modèle 100% électrique qui a une autonomie de 200 km à pleine charge. Comme l’explique Mercedes Benz, il correspond autant au transport régional qu’au transport long-courrier international

Autre modèle de la même gamme, l'eActros 600 offre une autonomie de 500 km sans recharge. Et avec la technologie de recharge qu’est le Futur Megawatt Charging, il peut être chargé en seulement 30 minutes à hauteur de 20 % à 80 % de sa capacité.

Volvo FL Electric : 200-250 km selon les conditions

Le Volvo FL Electric est un camion conçu par le groupe Volvo pour les livraisons urbaines et régionales. Il offre une autonomie variant entre 200 et 300 km, selon la configuration et les conditions de conduite, et développe une puissance continue de 165 kW.

Côté énergie, le véhicule embarque entre 3 et 6 batteries, pour une capacité totale comprise entre 200 et 395 kWh (pour un temps de recharge de 11 h en AC et 2 h en DC), ce qui offre une bonne flexibilité selon les besoins opérationnels de chaque flotte.

MAN eTGM / eTruck : 130-200 km

Le MAN eTGM est lui aussi un camion de distribution 100 % électrique avec une autonomie moyenne de 180 km mais qui peut monter jusqu'à 200 km. Ce modèle est principalement adapté aux livraisons en milieu urbain, notamment dans la capitale où il provisionne les magasins Franprix. 

Tesla Semi (prototype) : 480 km pour le modèle Long Range 

Le Tesla Semi, encore à l’état de prototype, est proposé en deux déclinaisons. La première offre une autonomie d’environ 480 km (300 miles), tandis que la seconde peut atteindre jusqu’à 800 km (500 miles) avec une seule recharge.

Le modèle à plus longue autonomie est naturellement positionné à un tarif plus élevé, tandis que la version standard reste plus accessible pour les entreprises qui recherchent une solution intermédiaire.

Facteurs influençant l'autonomie des camions électriques

Poids de la cargaison et volume transporté

Le poids de la cargaison, qui inclut à la fois le poids du camion et celui des marchandises transportées, a un impact direct sur l’autonomie du camion électrique. En effet, plus le véhicule est lourd, plus la consommation d’énergie des batteries augmente, ce qui entraîne une réduction de l’autonomie disponible.

En théorie, les batteries des camions électriques sont conçues pour offrir une gestion énergétique optimisée, même lorsque le véhicule transporte une charge importante. Cependant, dans les faits, le poids total du camion (véhicule + cargaison) influence toujours l’autonomie. Pour cette raison, les constructeurs travaillent à améliorer les systèmes de récupération d’énergie et la densité des batteries.

Conditions météo et température (impact du froid ou de la chaleur)

La température extérieure a un impact important sur les performances et l’autonomie des camions électriques, notamment à cause du comportement de la batterie et de l’usage du chauffage ou de la climatisation.

  • Par temps froid : les basses températures ralentissent les réactions chimiques de la batterie et augmentent sa résistance, ce qui réduit son efficacité. En hiver, le chauffage consomme aussi beaucoup d’énergie, car les camions électriques ne peuvent pas profiter de la chaleur du moteur comme les modèles thermiques.

  • Par temps chaud : la chaleur provoque une hausse de la température interne de la batterie et fait davantage travailler le système de refroidissement, ce qui consomme aussi plus d’énergie. 

Et bien sûr, quand le conducteur passe de longues heures sur la route, il doit pouvoir utiliser le chauffage ou la climatisation pour rester à l’aise pour des questions de confort et de sécurité (même si ce n’est pas toujours la meilleure solution du point de vue environnemental). Les conditions météo, type pluies et vents contraires, impliquent aussi une dépense énergétique plus élevée car elles demandent plus de puissance pour avancer. 

Type de conduite et profil des trajets (urbain, périurbain, autoroute)

Adopter une conduite anticipative et fluide, et en exploitant le freinage régénératif, rend possible une réduction des pertes énergétiques et une augmentation du rendement global du véhicule électrique. Selon le concessionnaire Scania, 20 est le pourcentage d'autonomie qui peuvent être économisés par les chauffeurs les plus expérimentés qui pratiquent l'éco conduite. 

Efficacité du système de récupération d'énergie et freinage régénératif

Propres aux voitures hybrides et électriques, le freinage régénératif fonctionne en convertissant l’énergie cinétique générée lors du freinage en énergie électrique, ensuite stockée dans la batterie du véhicule. Le freinage régénératif est donc une technologie qui augmente l'autonomie en rechargeant la batterie de manière partielle. 

Le freinage régénératif peut permettre de récupérer quelques kilomètres d’autonomie supplémentaire, même si son efficacité exacte reste difficile à mesurer. Elle dépend en effet de plusieurs facteurs, comme le type de trajet, la vitesse moyenne ou le style de conduite.

Sur autoroute, plus la vitesse est élevée, plus les phases de décélération génèrent d’énergie, ce qui augmente la quantité d’électricité récupérée. À l’inverse, en ville, les vitesses plus faibles entraînent un freinage moins puissant, donc une production d’énergie régénérée plus limitée.

Solutions pour optimiser l'autonomie

Gestion intelligente de la batterie et pré-conditionnement thermique

Abordons maintenant, le pré conditionnement qui est une fonctionnalité dont certains véhicules électriques sont équipés. Comme son nom l'indique, il consiste à mettre en condition le véhicule pour que les usagers avant le départ. En fait, c’est une programmation qui se fait en amont du démarrage, lorsque le véhicule est éteint et verrouillé, pour limiter les dépenses énergétiques sur la route. 

Recharge en route et réseau E.Leclerc de bornes haute puissance (150-350 kW)

Pour recharger un camion électrique ou tout autre véhicule lourd électrique sur la route, le réseau E.Leclerc met à disposition un maillage national de bornes de recharge rapide et ultra-rapide, accessibles dans la majorité de ses centres commerciaux et stations-service à travers la France.

Les bornes haute puissance, de 150 à 350 kW, permettent une recharge en un temps réduit, idéale pour les trajets longue distance ou les flottes de transport professionnel. Grâce à cette puissance, un camion électrique peut récupérer une grande partie de son autonomie pendant une pause logistique ou le temps des courses quotidiennes.

E.Leclerc un acteur de la transition vers un transport à zéro émission, car il facilite l’accès à la recharge publique pour les poids lourds électriques (comme pour les utilitaires à batterie et les voitures électriques.)

Grâce à la compatibilité universelle de ses bornes, les conducteurs peuvent recharger simplement, sans contrainte de marque ou de modèle. Les tarifs sont transparents, et le paiement peut s’effectuer directement depuis l’application E.Leclerc ou par carte bancaire sans contact. 

Stratégies de flotte : rotation, planification et suivi énergétique 

Gérer une flotte de camions électriques nécessite une organisation rigoureuse et une planification adaptée aux spécificités de l’autonomie. Voici quelques stratégies à adopter pour optimiser vos opérations au quotidien :

  • Comprendre l’autonomie réelle des véhicules : chaque camion a une autonomie qui varie selon le modèle, le type de trajet et les conditions d’exploitation. Il faut donc connaître ces paramètres pour adapter les tournées à la capacité réelle de chaque véhicule.

  • Optimiser les itinéraires : planifier les trajets en fonction de l’autonomie disponible évite les recharges imprévues. Les outils de cartographie et de planification aident à identifier les points de recharge sur les parcours les plus fréquentés.

  • Cibler les zones de recharge stratégique : intégrer dans la planification des arrêts dans des zones équipées de bornes haute puissance garantit une meilleure continuité des livraisons et limite les temps d’immobilisation.

  • Utiliser des outils de gestion de flotte : les logiciels de suivi énergétique aident à surveiller en temps réel la consommation, les temps de recharge et l’efficacité de chaque camion.

  • Assurer un suivi régulier de l’état des véhicules : vérifier régulièrement la santé des batteries et des composants électriques est essentiel. Avec le temps, les batteries peuvent perdre une partie de leur capacité, ce qui réduit l’autonomie. En 2024, une étude a révélé que chaque année, les batteries perdent environ 1,8% de leur capacité. 

Futur : batteries solides, superchargers poids-lourd et V2G

Les batteries solides 

Les batteries solides sont des technologies qui, dans le futur, pourraient révolutionner l'autonomie des véhicules électriques. Pour vous donner une idée, une batterie électrolyte liquide peut atteindre environ 250 Wh/kg (chimie NMC), tandis qu’une batterie solide peut doubler cette densité énergétique.

V2G 

La technologie V2G (Vehicle-to-Grid) permet aux véhicules électriques de fonctionner dans les deux sens. En fait, ils se rechargent comme d’habitude, mais peuvent également renvoyer l’énergie stockée vers le réseau électrique. Cela contribue à stabiliser le réseau, facilite l’intégration des énergies renouvelables et offre aux utilisateurs la possibilité de revendre leur électricité, réduisant ainsi leurs coûts énergétiques.

Avec cette technologie, votre batterie peut vous rapporter l’équivalent de 15 000 km de carburant électrique par an (selon EDF).

Perspectives 2025-2030

Pour aller plus loin, voici ce qu’il faut envisager pour les années à venir. 

Augmentation progressive de l'autonomie et densité énergétique des batteries

Comme mentionné précédemment, l’étude de GEOTAB a montré qu’en 2024, les batteries perdraient en moyenne 1,8 % de leur capacité chaque année, contre 2,3 % en 2019, ce qui témoigne des progrès technologiques réalisés dans le domaine.

Par ailleurs, des prototypes innovants voient le jour, comme les poids lourds de Tesla aux autonomies d’environ 800 km. Des exemples qui illustrent l’évolution rapide des des camions électriques !

Déploiement massif de bornes haute puissance pour poids-lourd

Aujourd’hui, les infrastructures de recharge restent encore limitées, ce qui freine une transition fluide vers la mobilité électrique. Heureusement, des acteurs comme E.Leclerc contribuent activement à améliorer le réseau et à faciliter cette évolution.

Fin 2023, une opération avait même été lancée par CEVA Logistics, ENGIE et Sanef, pour déployer des bornes de recharges pour poids lourds entre Lille et Avignon. Tous les 300 km sont donc installés, de bornes électriques haute puissance de 400 kilowatts, “qui permettent une recharge des camions électriques en moins d’une heure, contre plusieurs heures avec les bornes moyenne puissance.”

Réduction des coûts et adoption croissante dans les flottes professionnelles

La réduction des coûts passe par les aides gouvernementales. 

  • Les certificats d’économies d’énergie (CEE) : jusqu’à 53000 € pour les poids lourds de plus de 26 tonnes ou les tracteurs routiers, et 35000 € pour un porteur de 19 tonnes, sous réserve de l’accord d’un fournisseur d’énergie (valable jusqu’au 31 décembre 2026).

  • L’aide de l’ADEME : jusqu’à 20 000 € pour un porteur de 7,5 à 12 tonnes, 65 000 € pour un porteur de 16 à 32 tonnes, et 90 000 € pour un tracteur routier, avec un plafond de 1 million d’euros par entreprise.

Il faut aussi noter qu’aujourd’hui, les lois LOM et climat et résilience imposent des quotas aux entreprises, selon la taille de leur flotte pur qu'elles commencent leur verdissement. 

L’autonomie des camions électriques s’améliore grâce aux nouvelles technologies et aux infrastructures de recharge. Les aides financières et la gestion optimisée des flottes facilitent leur adoption. L’avenir de mobilité durable s’annonce très prometteur.

Ces actualités pourraient vous plaire

Type de page